Nikolay Polissky
Russie
Large Hadron Collider, 2009
Commande et Collection Mudam Luxembourg
Donation KBL European Private Bankers


En 1990, Nikolay Polissky, céramiste de formation et tout d’abord peintre de paysages, emménage dans le petit village à l’abandon de Nikola-Lenivets, dans la région de Kalouga à environ 200 kilomètres de Moscou. En étroite collaboration avec les villageois, il commence à y développer à partir de 2000 des projets artistiques entre Land Art, architecture et sculpture pénétrable. Ainsi s’élèvent puis disparaissent au fil du temps différentes tours, l’une reprenant les formes babyloniennes des ziggourats, l’autre évoquant les forteresses médiévales, une troisième les célèbres tours émettrices de Moscou... Ces projets, réalisés avec des matériaux naturels trouvés sur place, s’inscrivent dans le paysage et s’ancrent dans un territoire. Surtout, ils sont imprégnés d’une dimension communautaire essentielle pour l’artiste tant dans leur réalisation que dans l’usage qu’ils offrent. Œuvres éphémères, elles évoluent selon les saisons, s’improvisent garde-manger, se constituent réserves à bois et s’embrasent à l’occasion de fêtes populaires comme Mardi Gras. Au-delà toutefois de cette existence passagère, elles perdurent dans la mémoire collective et incarnent une forme d’utopie sociale. Les projets de Polissky dans ce village ont d’ailleurs entraîné non seulement un renouveau de l’activité, mais aussi l’implantation d’autres artistes et, depuis 2006, la création d’un festival international d’architecture ArchStoyanie, donnant à cette province rurale un certain essor culturel.
En réponse à une commande du Mudam, Polissky a conçu Large Hadron Collider, librement inspiré de l’accélérateur de particules du même nom inauguré en 2008 près de Genève, le plus grand au monde à ce jour. Avec cette série de constructions monumentales en orme et en jonc, l’artiste investit une des anciennes douves de la forteresse sur laquelle est bâti le musée : diverses machines futuristes semblables à des centrales électriques équipées de puissants générateurs d’où émergent d’épais faisceaux de câbles surplombent le visiteur. Par leur facture artisanale et leur aspect rustique, les structures rappellent ces objets anciens issus d’une longue tradition d’art populaire, tout en présentant des réminiscences d’architectures modernistes et utopistes russes du XXe siècle. Marquant un infléchissement dans la pratique de Polissky, Large Hadron Collider demeure une aventure collective liée à Nikola-Lenivets où l’artiste et son équipe ont collecté le bois et produit l’ensemble des éléments avant de les réassembler au musée.

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