GO EAST II
Mudam Collection supported by KBL European Private Bankers
10.10.2009 - 03.01.2010

Soutenu par KBL European Private Bankers, Mudam a lancé en 2007 le programme pluriannuel Go East visant à constituer un fonds d’œuvres d’artistes originaires d’Europe de l’Est. Loin de se limiter aux « nouveaux » pays adhérents à l’Union Européenne, ce projet entend couvrir de larges ensembles géographiques, depuis les pays baltes jusqu’au Caucase, de la Russie jusqu’à l’Asie centrale. Après le premier volet Go East I présenté en 2008, Go East II exposera l’ensemble des œuvres acquises depuis 3 ans par l’intermédiaire de ce fonds, accompagné d’œuvres qui faisaient déjà partie de la collection Mudam.

Marina Abramovic
Video Portrait Gallery (1975-1998)
Marina Abramovic est connue pour ses performances d’exigence souvent politique, toujours morale et éthique. Depuis bientôt 35 ans, elle explore au travers de son travail ses propres limites physiques et psychiques, tout en s’interrogeant sur des thèmes existentiels comme la mort et la vie, la souffrance, le bonheur ou le deuil, qu’elle met en scène avec une grande présence physique. Dans Video Portrait Gallery (1975-1998), elle donne, à travers un choix autobiographique de quatorze de ses performances enregistrées sur vidéo, un aperçu de son travail. Art must be Beautiful, Artist must be Beautiful (1975), Cleaning the Mirror I (Head) (1995) ou bien The Onion (1996) témoignent de manière intense de la radicalité de ses recherches.

Erik Boulatov
Tam tam po dogoram – a tam i dom (2002, Là-bas, là-bas sur les chemins – et là, la maison)
C’est avec la perestroïka soviétique que l’œuvre artistique d’Erik Boulatov acquiert visibilité et reconnaissance. Dans ses tableaux, souvent reflets de son attitude en retrait et ironique, il combine l’écriture avec des éléments picturaux. Le diptyque Tam tam po dogoram – a tam i dom (2002, Là-bas, là-bas sur les chemins – et là, la maison) fait partie d’une série de douze tableaux, intitulée VOT (Ici), dans laquelle Boulatov associe les vers d’un poème de Vsevolod Nekrasov à ce qu’il appelle être l’essai d’une liaison picturale entre les œuvres des réalistes russes du XIXe siècle et le constructivisme du XXe. La technique du crayon et pastel sec ainsi que les différents usages de la lumière confèrent en outre aux tableaux une profondeur onirique caractéristique des travaux de l’artiste.

Mircea Cantor
Shadow for a While, 2007
L’économie radicale des moyens mis en œuvre dans l’œuvre protéiforme de l’artiste roumain Mircea Cantor (*1977) contraste avec la saturation visuelle de notre environnement surmédiatisé. Bien qu’il évoque des réalités sociales, politiques et économiques, les œuvres Cantor se gardent d’exprimer des opinions tranchées. Son intention serait plutôt de « parler de poétique à travers le politique ». Le film 16 mm Shadow for a While (2007) est une mise en scène laconique de l’ombre, habituellement hors-champ, d’un drapeau en train de brûler dont la disparition laisse progressivement éclater la lumière. Cette représentation anonyme et atemporelle du rituel de destruction d’un symbole d’un régime ennemi peut être perçue comme une métaphore complexe du changement.

Attila Csörgö
Untitled (1 tetrahedron + 1 cube + 1 octahedron = 1 dodecahedron), 2000
Les installations et les œuvres photographiques de l’artiste hongrois Attila Csörgö évoluent entre bricolage scientifique et mathématiques appliquées. Se jouant des frontières entre science et art, elles provoquent souvent des expériences visuelles dynamiques. La pièce exposée, une plateforme d’expérimentations aux allures d’établi appartenant à la série Platonic Love, « démontre » l’équation mentionnée dans le titre en transformant lentement trois des cinq « Solides de Platon », le tétraèdre, le cube et l’octaèdre, symbolisant également les éléments physiques le feu, la terre et l’air, en un dodécaèdre, symbole du cosmos. Csörgö réussit ainsi à animer, à l’aide d’un mécanisme minutieux et délicat, la métamorphose de formes géométriques intemporelles à la manière de fragiles marionnettes.

Žilvinas Kempinas
Lemniscate, 2007
L’artiste lituanien Zilvias Kempinas investit l’espace à l’aide de bandes magnétiques qui semblent défier les lois de l’apesanteur. Pour Lemniscate (2007), l’artiste a utilisé deux ventilateurs industriels disposés de sorte que le ruban, dessinant un gigantesque entrelacs, se maintienne immobile en flottant dans l’espace. L’efficacité visuelle de la bande en suspension, née de la distance entre l’emploi d’un matériau technologique de support d’enregistrement et l’économie de la mise en œuvre, confère à l’œuvre une dimension autant poétique que plastique. En jouant avec les phénomènes de perception, les installations de Kempinas désorientent le spectateur, qui voit le ruban osciller dans d’incessantes alternances d’apparitions et de disparitions.

Roman Ondák
Dubbing, 2001
Roman Ondák, artiste slovaque, construit des fictions qui relient le champ conceptuel et le champ social. Soutenue par la mémoire et le récit, chaque œuvre induit un vécu – celui de l’artiste – et sa « reconstruction » interprétée par un tiers. Pour Dubbing (2001), Ondák a raconté à ses proches le déroulement d’une exposition à laquelle il participait. Ces personnes, étrangères au milieu artistique et n’ayant pas visité l’exposition, ont ensuite produit les dessins, qui composent la pièce, d’après le récit et les descriptions de l’artiste. Ainsi, de l’expérience initiale à leur « retranscription », les œuvres de Ondák se modifient, se chargent et se complexifient à chaque stade de leur développement, de leur médiation.

Tobias Putrih
Mudam’s Studio Design, 2006
Inspiré par l’œuvre de créateurs utopistes et idéalistes comme Buckminster Fuller ou Frederick Kiesler, Tobias Putrih (*1972, Slovénie) développe un travail entre sculpture et architecture. L’environnement d’éléments modulables présenté n’est pas inconnu des visiteurs du Mudam. En effet, à l’ouverture du musée, commande avait été passée à líartiste d’une structure nomade, aux configurations multiples, qui deviendrait, selon les besoins, espace de création, de documentation, d’exposition ou encore de rencontres conviviales avec les créateurs. Après avoir servi de cadre à une pédagogie expérimentale, ces structures à la fois fonctionnelles et chaotiques dans leur assemblage se disséminent désormais dans l’espace d’exposition offrant divers espaces de repos.

Bojan Šar?evi?
Only after Dark / Untitled (film 5), 2007
Bojan Šar?evi?, artiste d’origine bosniaque né à Belgrade, s’intéresse aux phénomènes de réminiscences et de déplacements culturelles qui, dans son œuvre, prennent forme d’indices et d’allusions. Le cinquième film de la série Only after Dark (2007), véritable nature morte visuelle et sonore projetée dans une structure néo-constructiviste qui fait partie intégrante de la pièce, s’apparente par sa simplicité à un haïku japonais. Des éléments hétéroclites, organiques et géométriques, y sont les acteurs d’une narration sans action, créant une miniature cinématographique, dans laquelle l’artiste s’interroge de manière détournée et élégante sur le langage moderniste.

Commissaires : Marie-Noëlle Farcy, Clément Minighetti (Mudam)

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