OUT OF STORAGE II: RYTHMES
18.06.2009 - 13.09.2009

Après Out of Storage I – Peintures choisies de la collection en 2008, le second volet du cycle Out of Storage décline l’idée de rythmes. Cet ensemble de pièces de la collection réalisées tant par des artistes émergents que d’autres plus confirmés, permet de découvrir des oeuvres dans lesquelles les notions de séquences et de rythmes, visuels et musicaux, jouent un rôle majeur.
Dans Sextet, l’artiste new-yorkais Burt Barr (*1938) réunit trois pièces produites entre 1998 à 2000. Présentées en diptyques verticaux, Angel, Rain Piece et August mettent en scène trois couples s’essayant au jeu de la rencontre érotique : pas de deux autour de l’attirance, du désir et de l’accomplissement, l’action des protagonistes – et le regard du spectateur – semble suspendue dans une tension ambiguë. Barr, qui évoque avec August le célèbre baiser de Burt Lancaster et Deborah Kerr dans le film Tant qu’il y aura des hommes (1953), élabore dans ses vignettes narratives un rythme cinématographique ralenti, accentué par les lents mouvements visibles sur les écrans juxtaposés.
Fascinée par l’élégance du mouvement d’un cheval sur un tapis
rouge, la jeune artiste cubaine Yaima Carrazana Ciudad (*1981) évoque à travers le titre La Hybris de un Rey (2004), l’orgueil démésuré du roi de Crète Agamemnon. L’hybris constitue en effet, dans l’antiquité grecque, le crime le plus répréhensible dont fait preuve celui qui paraît vouloir forcer le destin et les dieux. Carrazana Ciudad semble ici livrer un commentaire elliptique sur la situation politique dans son pays d’origine.
Le Phonokinetoscope (2001) de Rodney Graham (*1949) renvoie aux premiers essais de Thomas Edison pour synchroniser images cinématographiques et sons. Comme souvent dans les œuvres de l’artiste canadien, on y découvre Graham lui-même, flânant à vélo à travers le parc en fleurs du Tiergarten à Berlin. De rares accessoires comme une carte à jouer, un thermos, le vélo ou un buvard imprégré de LSD tissent une narration légère qui suit avec précision un scénario, en dépit de l’apparente spontanéité de la réalisation revendiquée par l’auteur. Truffé de références, le film fait allusion à Albert Hoffmann, l’inventeur du LSD qui en fit involontairement l’expérience sur son vélo, ainsi qu’à de nombreux épisodes de l’histoire du cinéma, de la musique et de l’art.
Expérimentateur curieux, lointain héritier de la musique concrète, ErikM (*1971), musicien et artiste, joue autant des platines qu’il ne casse, colle ou abrase les disques vinyles. En musique comme en sculpture, le collage et le sampling constituent ses outils essentiels. Staccato (2003) semble ainsi représenter une composition musicale devenue sculpture : 888 fragments de disques vinyle de musique pour instruments à cordes, assemblés sur un long câble, reposent sur un miroir. Transposition imagée des compositions musicales de l’artiste caractérisées par la fragmentation et le décalage, l’installation évoque la matérialisation visuelle de la musique par un oscillographe.
Tant artiste plasticien que musicien expérimental et compositeur, l’Américain Christian Marclay (*1955) est marqué par les mouvements Fluxus et Punk. Dans ses performances, ses vidéos ou ses installations, il explore non seulement les limites du champ musical, mais analyse également l’iconographie musicale au sens large du terme. Video Quartet (2002), œuvre coproduite par Mudam, projette sur quatre écrans un kaléidoscope visuel et sonore, composé d’environ 700 extraits de films qui, à travers une orchestration minutieuse, balaie une grande partie de l’histoire du cinéma. La succession effrénée de brèves séquences musicales ou acoustiques résume ainsi parfaitement le mot de Marclay paraphrasant la citation célèbre du peintre américain Frank Stella : “What you see is what you hear”.
Francis Alÿs (*1959), belge d’origine mais installé depuis plus de vingt ans à Mexico City, conçoit son travail comme une analyse subjective de la relation sud-américaine « à l’idée de production, au dogme d’efficacité et aux promesses de développement ». A story of Deception, Patagonia (2003-2006) a été réalisé lors d’un voyage à travers la région australe de l’Argentine, peu après la crise économique de 2003 qui a secoué le pays, à un moment « où la société se rendait compte qu’elle était arrivée au plus bas et qu’il ne lui restait plus rien que d’aller vers l’avant ». Dans ce film épuré, cette « fuite en avant » devient une métaphore de la poursuite de l’illusion, une « expérience infinie de la fugacité ». (Alÿs)
Pedro G. Romero (*1964) est un créateur aux activités multiples, photographe, commissaire d’expositions ou encore directeur artistique du chorégraphe et danseur de flamenco Israel Galván. Il mène depuis plusieurs années une enquête ambitieuse, de nature artistique, sur la vacuité politique et sociale des villes-satellites modernes. Dans la vidéo La Casa (2005), le spectateur découvre Galván prendre – physiquement – la mesure d’un appartement à Badia del Vallès, cité proche de Barcelone composée principalement de logements sociaux. Évoluant d’une pièce à l’autre, le danseur nous révèle sous un nouveau jour et non sans humour, notre espace domestique plus ou moins standardisé.
Yazid Oulab (*1958) s’intéresse tout particulièrement à lier formes contemporaines et tradition spirituelle. Dans Percussions graphiques (2006), deuxième volet d’une trilogie consacrée au souffle et au rythme, on voit la main de l’artiste progressivement recouvrir de traits noirs une feuille de papier à l’aide d’un crayon de charpentier, sur un rythme saccadé. La mélopée soufie chantée lors de veillées, « Leï-la », accompagne le mouvement méditatif. Au-delà des variations formelles, l’artiste souligne dans son travail l’importance de « la réflexion politique sur la mémoire tronquée de l’Algérie dont le passé culturel et philosophique est occulté ».

Commissaires : Marie-Noëlle Farcy, Clément Minighetti (Mudam)

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