ENTRETIEN CLAUDE CLOSKY PAR SONIA DA SILVA
Paru dans La Voix, Luxembourg

Sonia da Silva: Quand et comment Marie-Claude Beaud en est-elle venue à vous confier l’élaboration du site www.mudam.lu?


Claude Closky: Un beau jour de printemps, je découpais des pages de magazines dans mon atelier, lorsque le téléphone a sonné. C’était Marie-Claude Beaud et elle m’a demandé de faire une proposition de site Internet pour le Musée d’art Moderne Grand-Duc Jean. Il ne s’appelait pas encore Mudam. Marie-Claude a trouvé ce nom pour le web, il est ensuite devenu celui du musée. Nous avions déjà travaillé ensemble lorsqu’elle dirigeait les musées des Arts Décoratifs. Elle m’avait sollicité pour participer à la mise en place de la communication autour de l’ouverture du musée de la publicité, et j’avais entre autres réalisé un site Internet éphémère.

SdS: En quoi a consisté votre mission? Avez-vous aussi été chargé de la réalisation technique du site, ou juste du contenu?

CC: Mon projet comprenait tous les aspects de sa réalisation: son contenu, son interface, son développement informatique, son budget de production pour sa mise en ligne, son renouvellement, son enrichissement. Ma responsabilité allait du choix d’un auteur aux honoraires de la relecture de son texte.

SdS: Au vu du magazine critique, publié tous les six mois sur le net, vous avez confectionné un contenu d’actualité dont les choix définissent forcément l’esprit MUDAM. Partant, quel est l’art contemporain que défend www.mudam.lu/magazine? Quels en sont les critères, les références?

CC: Le magazine est formé d’une dizaine de rubriques qui critiquent autant l’actualité que la façon d’en rendre compte. À chaque numéro, de nouvelles définitions viennent grossir «Le petit Jean de la Ciotat de l’art contemporain». Nous proposons la critique d’un grand rendez-vous international type biennale dans la «Saga». Le «diaporama» de Pierre Leguillon, seul article du magazine avec de l’image. L’interview d’un artiste auquel il est demandé de répondre aux commentaires récemment parus sur son œuvre par oui ou par non. L’interview d’un commissaire d’exposition ou directeur de musée. La confrontation de deux points de vue contradictoires sur les nouveaux médias. Un article sur le design. Une sélection de nos œuvres préférées à voir sur le net.

SdS: www.mudam.lu est un espace ludique. Cette légèreté apparente doit-elle permettre de viser un public plus large, de briser la frilosité de ceux que la seule mention de la notion "artco" ferait fuir?


CC: Le ludique m’ennuie, j’ai besoin de quelque chose de plus euphorisant. J’ai essayé de créer un site qui, par son traitement de l’information sans aucun artifice, comme celui du médium Internet, ne cherche pas à impressionner. Un site plutôt drôle en comparaison des effets graphiques qui accompagnent n’importe quel message aujourd’hui pour lui apporter plus d’autorité. Je crois au contraire que la légèreté fait peur, mais j’attache plus d’importance au temps et au plaisir que prendront les internautes sur le site qu’à leur nombre.

SdS: Quel rapport entretenez-vous avec le monde virtuel du net depuis qu’il est devenu votre outil de travail?

CC: Sans fil.

SdS: Si au départ, www.mudam.lu a rapidement été développé pour donner une existence virtuelle à un musée qui allait longtemps demeurer en gestation, y a-t-il lieu, dès l’ouverture du musée, de donner une autre inflexion au site Internet?

CC: L’esprit restera le même: comme le musée va s’intaller dans le bâtiment bien réel de I.M. Pei, le site, lui, va gagner en légèreté. Son enveloppe se reformera de façon aléatoire à chaque nouvelle visite en ligne: la typo, sa taille et sa couleur se combineront au hasard à l’ouverture. Les photos d’œuvres seront pixellisées et déformées. Des options graphiques qui montrent d’emblée leurs limites. Elles créent un espace dont l’architecture est toujours différente, exagérément détachée de ce qu’elle abrite pour ne pas en altérer le sens. C’est une autre partie du musée, dont le rôle n’est surtout pas de le dupliquer.

SdS: Considérez-vous le Prix Duchamp, qui vous a été décerné en 2005, aussi comme une reconnaissance de votre travail en tant que concepteur artistique du site www.mudam.lu?


CC: Oui.

SdS: Le site www.mudam.lu est-il une œuvre d’art ?

CC: Non, même si comme une œuvre d’art, le site propose plus qu’il n’impose ses choix.


Questionnaire de Proust

De quelle couleur est votre univers?

Aveuglante.

Parmi vos fétiches, quel est l’objet le plus précieux ?

Mon abonnement EDF.

Que vous procure l’art?

De l’air.

Citez un réalisateur de cinéma culte?

Je préfère la télévision.

Qui vous transporte en littérature?

Nathalie Sarraute.

Quel est votre héros?

Mon prof de fitness.

Pensez-vous que tant qu’il y a des Coupes du monde de football, y’a de la vie?

Parce que vivre consiste à compter?

Ce qui vous agace le plus chez quelqu’un?

Sa Gameboy.

Ce qui vous émeut le plus?

Qu’il me la prête.

Qu’est-ce qui continue de vous intriguer dans la vie?

La voir tous les jours dévoilée sur www.horoscope.fr/

Votre principale qualité?

Ma timidité.

Votre principal défaut?

Ma confiance en moi.

Votre dernier éclat de rire?

Tout à l’heure.

Vos derniers sanglots longs?

Tout à l’heure, pour rire.

Qu’allez-vous faire dans l’heure qui suit?

Manger.

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