MAURIZIO GALANTE & TAL LANCMAN
Italie, Israël
Nés en 1963 et 1962
Curators at large Café & Boutique


En 2003, le créateur Maurizio Galante s’associe à Tal Lancman, prescripteur de tendances, pour fonder la société Interware. Directeurs artistiques du café et de la boutique, ces deux concepteurs tous azimuts parcourent le monde entier en quête du détail infime pour recréer une ambiance de marché de Noël «all seasons». Le bric-à-brac hétéroclite qu’ils proposent brasse le vieux et le neuf, l’ancien et le moderne, l’inédit et la réédition, l’art et l’artisanat, le prototype et l’objet de série, l’onéreux et le pas cher. Une seule contrainte régit le renouvellement régulier des stocks: que les objets aient une histoire. Mêmes envies du côté du café où leur curiosité créatrice est attisée par le savoir-faire de Léa Linster. À eux d’imaginer, à elle d’épicer dans une collaboration où l’art devient gourmandise.


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LYDIA KAMITSIS SUR MAURIZIO GALANTE & TAL LANCMAN
Anonymous beauty…


Parce que l’art peut se vivre au quotidien, autrement qu’en pâle imitation, reproduction de l’art majuscule contemplé dans un musée, les objets présentés à la boutique du Mudam n’en sont pas des produits «dérivés», mais sont bien «d’art», chacun à leur manière.
«Curators design & food» pour l’occasion, en charge du contenu de la boutique et du concept de restauration, Maurizio Galante et Tal Lancman, les têtes chercheuses d’Interware, forts de leurs riches expériences parallèles, l’un comme créateur de vêtements Haute couture, l’autre comme consultant ès tendances et editor du magazine View, ont mis en place ici une véritable stratégie d’éveil des sens. Ils y apportent plus qu’une expertise, de l’âme.
La boutique est pour eux un bazar, un espace expressif, chaleureux, où tout ce qui s’y trouve juxtaposé est envisagé comme un potentiel compagnon domestique, avec qui peuvent s’établir des conversations, des dialogues intimes et stimulants. Produits de leur temps, ces objets élus n’en sont pas moins dotés d’une qualité paradoxale, une certaine sérénité née au milieu de la fureur du monde qui nous fait « mieux être » ; ils ont cette aptitude magique à nous transporter dans un espace-temps nouveau, hors des sentiers battus de la valeur marchande, là où le désir peut naître sans idées préconçues, là où les sens peuvent se délier.
Des objets «amis» chargés d’une aura, qui rendent poreuse la frontière du beau et du laid, où l’émotion ne va pas sans trouble; où l’indifférence est battue en brèche par le plaisir de la surprise, de la découverte, du ravissement contagieux face à une prouesse technique, un infime détail qui révèle un geste, une intention et une énergie particulières, un trait d’esprit, un sens encore inattendu de la démesure.
Des objets comme autant de souvenirs de voyage, de rencontres singulières avec des artistes, artisans, industriels, éditeurs, comme autant de manières d’infléchir son rapport à l’art et à l’humain qui seul le fait être.
«Curator»: bien qu’iconoclaste dans le cadre d’espaces commerciaux, le terme n’est pas anodin. Il désigne précisément cette volonté du Mudam de traiter de l’objet (même s’il est à vendre), et de la nourriture (destinée à être effectivement consommée) avec la même attention, la même réflexion et implication que celles accordées aux activités scientifiques et artistiques du musée.
C’est un tout cohérent, où chaque « curateur » apporte un point de vue original, engagé mais sans préjugés, instaurant une continuité entre les œuvres exposées et les ouvrages offerts à la convoitise consumériste.
C’est une même éducation de l’œil, une même stimulation des sens qui traverse tout cela, une même intention de penser l’art, qu’il soit pièce unique sortie de l’atelier d’un artiste connu ou produit des mains d’un artisan découvert dans un faubourg de Tokyo ; qu’il s’agisse d’une installation monumentale ou d’une série d’objets manufacturés dont la beauté défie les catégorisations commodes.
«Anonymous beauty», c’est d’abord la force de l’objet qui frappe avant sa signature.
Explorant à sa manière l’universalité du beau, de l’exquis, Interware jette un regard bienveillant sur le quotidien, là où le banal se révèle exceptionnel ; où l’humour transcende le clivage du bon goût.
Dans les interstices de la tendance, Interware traque l’intelligence cachée, tisse et révèle certains liens, lutte contre la frénésie, la dictature de la nouveauté, questionne la raison d’exister des objets plutôt que de chercher à en accélérer le temps.
(Texte extrait du catalogue de l’exposition d’ouverture «Eldorado»)

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