ERWAN & RONAN BOUROULLEC
France
Nés en 1971 et 1975
Design Café
Design Boutique
(jusqu’en 2009)
Commande et Collection Mudam

Erwan et Ronan Bouroullec, designers à l’esthétique fonctionnelle mais malicieuse, intègrent deux espaces au sein du musée, le café et la boutique. Entre une haute verrière et un sol clair qui réverbère la lumière, ils ont conçu pour le café une structure autonome recouverte d’un « ciel » camaïeu de tuiles textiles thermoformées. Dans la galerie, la boutique reprend cette technique (jusqu’en 2009). Ces architectures se veulent ouvertes sur le musée, mais suffisamment feutrées pour délimiter leurs fonctions premières.
Le café s’articule autour d’un espace «cantine» et ses deux longues tables de bois, et d’un espace «détente» dans le jardin de ficus. La structure similaire de la boutique est agencée à l’intérieur des salles d’exposition comme un étal de marché.


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FRANCESCA PICCHI SUR RONAN & ERWAN BOUROULLEC
La Boutique et le Café


Les pavillons réalisés par Erwan et Ronan Bouroullec pour Mudam représentent une nouvelle étape de leur quête d’un système de construction de l’espace libre et ouvert dans lequel les pratiques du design (et de la qualité qui peut s’exprimer à travers l’industrie) sont reportées à l’échelle de l’architecture.
Ces micro-architectures sont conçues pour créer une sphère de répit, un lieu de détente. À l’ombre des grands espaces du musée de I.M. Pei, les haltes de la boutique et du restaurant dessinés par les Bouroullec sont une invitation explicite à s’arrêter, à s’interrompre, mais aussi l’expression du désir du musée de se montrer accueillant et de sa volonté de s’ouvrir à ses visiteurs.
Ces pavillons contemporains – berceaux imbriqués dans la végétation – ces lieux indépendants installés à l’intérieur d’un espace construit pour la délectation de l’art, remettent à échelle humaine l’architecture grandiloquente du musée en y introduisant une dimension domestique, intime, conviviale. Ils servent pour ainsi dire à marquer une pause en retrait du flot animé des visiteurs et le cours des idées.
Les voûtes couvertes, les nervures irrégulières des longues traverses du bois très clair des tables, la structure en trilithe de la construction, la qualité matérielle et sonore des écailles textiles qui revêtent la couverture des berceaux comme la carapace d’un animal préhistorique accroupi dans les salles du musée: tous ces éléments cherchent à établir une relation dialectique avec l’architecture abstraite et logique de Pei.
Aux endroits les plus ouverts et les plus lumineux de cette architecture, les longs plans des tables, les canapés, les sièges, les tables construites comme des îles flottantes aux pieds des grands ficus qui ponctuent l’espace ouvert de la verrière, sont le signe tangible de l’invitation à s’arrêter, à faire une pause. L’image est celle d’un vaste espace qui se construit là où les architectures ouvertes et accueillantes des frères Bouroullec invitent à une partie de campagne moderne, transformant l’architecture-mère en une sorte de parc contemporain de la culture parce que, tout en empruntant les éléments du jardin, la nature en demeure exclue.
La qualité des matériaux employés (en particulier le bois et le tissu), et leur qualité réversible, entraînent une dialectique avec la nature durable des matériaux plus typiques de l’architecture moderne – la pierre, l’acier, le verre etc. Grâce à la fonction insonorisante et particulière de chaque module (deux couches de tissu enserrant une couche souple de mousse à structure cellulaire), le revêtement ouaté de petites tuiles textiles qui sert de couverture, exprime une qualité sonore spéciale qui dégage une perception chaude et sensuelle de l’espace. Une sensation de protection et d’intimité qui rappelle celle des tentes que les peuples nomades montent dans les vastes étendues désertiques pour se protéger des rigueurs de l’hiver ou de l’ardeur du soleil.
(Texte extrait du catalogue de l’exposition d’ouverture «Eldorado»)

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