ANNE-MARIE HERCKES
Luxembourg
Née en 1978
Accessoires Mudam


En créatrice de mode qui préconise l’autonomie de l’habit par rapport au corps, Anne-Marie Herckes a développé tout un travail de miniaturisation des vêtements emblématiques. Elle applique ses réflexions à l’univers de Mudam en s’inspirant largement de l’identité visuelle de ses formes architecturales, de son esprit par définition ouvert à l’initiative. Elle propose une alternative ludique à l’uniforme, en déclinant en miniature le «cliché» de sa fonction. Le vêtement transformé en vignette devient attribut. Promue au rang de signe de reconnaissance, la broche est arborée fièrement. Migratrice, elle s’épingle, se suspend et s’exhibe. Libre, elle se décline en différentes couleurs et modèles, au gré de la fantaisie de chacun.


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LYDIA KAMITSIS SUR ANNE-MARIE HERCKES
Uniforme au singulier


L’identité d’un musée, d’une institution, au-delà de sa politique culturelle, se juge dans une multitude de choix, loin d’être anodins ou anecdotiques.
Lieu recevant du public, le musée a sa raison d’être par les liens, la qualité des relations qu’il établit avec lui. Aussi la question des modalités pratiques de la rencontre entre le public et le personnel attaché au musée est ici centrale.
La nécessité d’identifier les interlocuteurs mène à l’obligation d’un signe distinctif. L’uniforme aux couleurs de l’institution, qu’il s’agisse d’un costume spécifiquement créé ou d’un badge dûment logoïsé, est généralement dévolu aux agents de sécurité et au personnel d’accueil, quand un vêtement de travail «standard» échoit au personnel en charge de l’entretien et de la manutention. Les scientifiques et administratifs exhibent, selon les circonstances, un badge avec leur nom et le cas échéant leur fonction.
Unifier des pratiques disparates, affirmer et visualiser l’appartenance, l’adhésion de différentes personnes à une même institution, signaler une fonction: si le programme est classique en pareil cas, les réflexions menées avec le Mudam le sont beaucoup moins.
De la fonction d’uniforme, celui qui unifie, on retiendra d’avantage celui qui informe. Pas de règlement fixe quant à la forme, la couleur et les tissus utilisés, qui met tout le monde à un régime vestimentaire rigide. Ainsi la question délicate de la coupe universelle qui puisse s’adapter à tous (grands, petits, ronds ou maigres) comme de la couleur seyante est éludée, comme d’ailleurs son potentiel à être rapidement abandonné, par lassitude, inconfort, ou plus pernicieusement par aversion… Est évité le spectacle désolant offert par les interprétations personnelles des agents qui progressivement rompent, chacun à leur manière, l’ordonnance de leur tenue aussi savamment pensée… Contournées seront également les questions de l’entretien, du repassage, et du coût «syndical» qu’ils entraînent, tout comme celui de sa saisonnalité. L’uniforme est ainsi évidé, du moins de ses caractéristiques les plus fréquentes.
La liberté de ton du musée se reflétera alors dans la manière d’imaginer des liens participant à la construction de son identité visuelle, des liens qui ne s’entendent pas comme chaînes, entraves, mais comme mise en relation, en réseau.
Anne-Marie Herckes, jeune styliste de mode luxembourgeoise, formée à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers et à l’Université des Arts appliqués de Vienne, s’est penchée sur cette délicate et complexe question de l’uniforme du personnel du Mudam.
Un papillon en origami, devient ainsi le signe de reconnaissance, signal de tous ceux qui œuvrent au musée, toute fonction confondue. Migrateur, il s’épingle au revers d’une veste, se suspend au porte-clé, au porte badge.
Une panoplie d’accessoires «utilitaires» complétée par deux autres accessoires vestimentaires, bien utiles à tous: au choix, une écharpe munie de poches ou une poche mobile que l’on peut nouer autour de la taille ou suspendre à l’épaule en bandoulière, pour déambuler dans les espaces du musée en y transportant menus objets personnels : monnaie pour un café, carte de crédit pour le shopping à la boutique, cartes de visites, téléphone portable, de quoi écrire…
Et pour désigner les métiers, plutôt que d’inventer, imaginer un système d’indicateurs, elle puise dans la riche histoire du vêtement de fonction pour en extraire quelques référents imagiers susceptibles de «parler» à tous.
Dans le prolongement de son travail sur la miniaturisation des vêtements emblématiques de la mode contemporaine (une histoire d’icônes en réduction à porter sur soi, en broche), elle réinvente le «cliché» de l’habit du préposé au vestiaire, celui en charge de l’entretien, du serveur, du cuisinier, du médiateur. Réduit, au double sens du terme, à sa plus simple et naïve expression, le vêtement traité en vignette devient attribut. Une broche légère, pour porter sur soi l’image de sa charge.
(Texte extrait du catalogue de l’exposition d’ouverture «Eldorado»)

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