DAVID DUBOIS
France
Né en 1971
Chênavélos. Bancs-terre. Bancs-d’eau, 2006
(Bancs-d’eau : exposition 2006-2009)
Commande Mudam, produit par les ABP


En concevant trois produits dérivés, David Dubois opte pour trois décalages esthétiques hybrides qui recyclent couture, jardin et design. Une sangle en cuir noir permet ainsi aux visiteurs d’improviser une besace à partir de peu de chose et de déambuler le cœur aussi léger que les poches.
Le Chênavélos situé dans le parc est un tronc de chêne posé à l’horizontale à même le sol afin de communier avec l’environnement. Il est appelé à cumuler une double fonction de support à la limite de l’objet trouvé récupéré: purement utilitaire pour les vélos tout d’abord, il devient aussi souche de vie des végétaux qui voudront bien s’y développer.
Quant aux Bancs-terre en béton et les Bancs-d’eau en bois de cèdre, ils lui donnent l’occasion de réintroduire dans l’enceinte du bâtiment l’essence de la nature, habilement camouflée en meubles d’assise, confirmant ainsi le dialogue crucial qui se noue entre l’intérieur et l’extérieur des murs.


- - -
ANNE-MARIE FÈVRE SUR DAVID DUBOIS
David Dubois au Mudam


Avoir toujours une poche sur soi, et une sangle, permet d’improviser un sac léger de dépannage à tout moment et de l’hybrider sur un tee-shirt, un sac à dos. Cet objet, qui n’en est pas tout à fait un, a été judicieusement assemblé par le designer David Dubois. Légèreté de l’éphémère et greffes d’ustensiles caractérisent entre autres la démarche de ce designer français, né à Dinan en 1971, qui recherche maintes intersections entre design et couture, design et jardin. «J’aime greffer, récupérer les espaces perdus, fédérer les objets entre eux», explique-t-il.
Ce sac-bandoulière sera, dès l’entrée, proposé aux visiteurs du Mudam. Les sacs personnels n’étant pas autorisés dans les salles du musée, ce sac de substitution, d’une transparence indiscrète, sobrement estampillé de l’identité visuelle du lieu, permettra a chacun de circuler librement dans l’ensemble du musée avec un minimum d’effets personnels.
Si David Dubois est un des designers retenu pour inscrire son approche du design au Mudam – aux côtés d’Erwan et Ronan Bouroullec, Martin Szekely, Konstantin Grcic… – c’est que la directrice des lieux, Marie-Claude Beaud, a repéré ses scénographies et sa première exposition personnelle à la Villa Noailles, à Hyères. On y a distingué ses vases en tissu, pliables comme du linge, destinés à recouvrir des bouteilles d’eau minérale, créant un vase fugace, donnant le choix à l’usager de le faire exister ou disparaître. Son goût pour l’hybridation s’est aussi concrétisé avec des vide-poches en cuir habillant une poignée de porte, une table-cache-pot, une table-réveil, un tabouret-tapis, des lampes tricotées, des bancs-bacs à fleurs. Parmi ses premiers meubles, des portants en bois seront le fruit d’une collaboration avec les stylistes de mode BLESS, sorte d’armoires ouvertes, de cloisons à roulettes, ou encore de mobiles suspendus.
Plus récemment, c’est le jardin du domaine de Baudouvin (Valette-du-Var) que le designer a aménagé: une centaine de tuteurs noirs, de même taille (2m), placés à espace régulier crées une forêt très graphique, leur fonction: tutorer des plants de solanées.
C’est ce territoire personnel, très diversifié, que Dubois s’est annexé depuis trois ans dans le champ d’un design-rizhomes, que l’on va retrouver au Mudam. À l’extérieur, dans le parc conçu par Michel Desvigne, il a déposé des troncs de chêne, découpés d’encoches à la tronçonneuse. Ils serviront de garage à bicyclettes. Une évocation très élémentaire d’un matériau et d’une forme naturels, à la limite de l’objet trouvé-récupéré-transformé, mais sans inflation de révérence à la Dame Nature. À la billetterie de l’entrée, le pochon. Au rez-de chaussée, des «bancs-terre», en béton, greffés à des bacs à fleurs. La zone d’assise y est indiquée par des lazures de couleur. En sous-sol, près de l’auditorium, des «bancs d’eau», en cèdre, sonores, car animés par un étrange clapotis d’eau. Cachottiers, ces sièges contiennent des fontaines dissimulées, évoquant des sources souterraines. «Dans l’architecture de Ieoh Ming Pei, précise Dubois, j’ai surtout remarqué le dialogue du lieu avec l’extérieur, les nombreuses ouvertures du bâtiment cadrant le paysage environnant. J’ai confirmé ici ce que je pratique déjà, tisser des liens avec la nature, faire entrer dans ce musée de la végétation et de l’eau.»
Ces quatre éléments vont en effet offrir un parcours, au gré du musée, sans imposer de scénarios précis, mais comme des balises de reconnaissance. Cette commande «ouverte» offerte à ce jeune designer propose de vivre le design dans un espace public, culturel, et implique des objets dont l’usage s’impose. Un service public, en aucun cas une exposition muséale d’«œuvre» de design. Mais un service «attentionné», car offert par un designer qui a déjà son langage, sa lecture du monde.
(Texte extrait du catalogue de l’exposition d’ouverture «Eldorado»)

< back