TALKING TO STRANGERS

Je suis venue les mains vides.
Absurde de revenir avec l’intention d’ajouter
quoi que ce soit à cet endroit, Venise.

Certes futile, l’ambition de vouloir impressionner,
dangereux d’essayer de séduire,
ou même de conquérir, là,
où tout a existé bien avant moi,
là où tout est.

Ici où chaque goutte, chaque pierre, branche, nuage
a connu dans tout bruissement, murmure cri ou soupir
l’essence secrète de la beauté, de la souffrance, de l’éternité,
de la décadence et de la trahison ;
et puis… il y a la mer.

Quelle carence pourrait-on ressentir,
sinon celle du pardon et de l’humilité, peut-être,
ou quelque chose d’aussi élémentaire que l’avenir.

Venise n’est pas un abri ; exige toujours sa rançon.
Elle punit d’une profonde solitude et par
un pacte de reconnaissance et de culpabilité
permet à ses vrais alliés de trouver…
un tombeau, un ami, un geste parfait.

J’avais une mission et une fin.
Ma cause m’attendait déjà.
Il m’a fallu être patiente.
Je déambulais à travers des labyrinthes de ruelles,
passant encore et toujours ces passerelles,
attendant un signe.

J’ai pataugé dans les eaux.
Mon visage et mon histoire délavés,
j’ai fui la foule pour me réfugier dans les lieux
qu’occupent les habitants silencieux.

J’ai abordé des inconnus,
j’ai dû tendre la main et demander de l’aide
… et j’ai conclu un marché.

Lové dans le creux de ma main
je tiens ce que j’ai trouvé.
Pour m’acquitter de ma tâche,
je te le donne, à toi l’étranger,
qui aurais pu être mon amant ou mon assassin.

Une larme solitaire à retenir jusqu’à tarissement.
Ce rien, tangible comme toute larme,
un poème ou un baiser,
parfois tellement gaspillé,
parfois si essentiel.

Jill Mercedes
Venise 2003

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