SU-MEI TSE
air conditioned

La préoccupation principale de Su-Mei Tse est de chercher des langages qui sont universels, des langages qui regroupent plus qu’ils ne séparent, entre deux, voire trois cultures, étant par là même l’expression du Luxembourg.

L’univers de Su-Mei Tse s’articule autour du son, de l’image et du corps. C’est un travail sur le rythme, un rythme organique qu’elle ne fabrique pas et dont elle se sert comme une chorégraphe.

En fait, elle utilise la musique, la photographie, le cinéma et la danse. Metteur en scène, elle se préoccupe de toutes les fonctions qui définissent l’art de la performance. Elle ne filme pas le réel, elle le met en scène.

À la pointe de la technologie, son travail garde cependant un côté artisanal. Ses sujets sont humains et poétiques, accessibles et compréhensibles par tous. Qu’elle ait exploité sa double formation — musicale et artistique – pour aboutir à une œuvre «totale» fait d’elle une artiste hors norme.

Sa fragilité physique n’est qu’apparente. Réfléchie et extrêmement raisonnée, trouvant assez vite les moyens pour exprimer ce qu’elle veut, Su-Mei Tse ne crée pas par impulsion, mais avec un mental précis.

Marie-Claude Beaud,
Directrice du Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg.


ENTRE LE SABLIER ET LE METRONOME

Fruit de l’évolution du travail de l’artiste au cours de ces cinq dernières années, le projet de Su-Mei Tse pour le pavillon du Luxembourg à la Biennale de Venise prend la forme d’un passage. Mot à la résonance autant spatiale que temporelle, «passage» désigne avec justesse la progression (au sens habituel du terme, mais également au sens moins courant et musical de mouvement d’une note ou d’un accord vers l’élément suivant) vers laquelle l’artiste entend amener les spectateurs de son œuvre. L’analogie musicale est ici très pertinente, Su-Mei Tse ayant suivi une formation de violoncelliste professionnelle avant d’entrer à l’école des Beaux Arts. Nombre de ses premières œuvres en tant qu’artiste visuelle font d’ailleurs référence à cette expérience formative. Ainsi, les sévères normes d’excellence imposées aux étudiants des conservatoires de musique – l’inévitable contrepoint au plaisir d’apprendre et de maîtriser un instrument –, la difficulté mais aussi l’ardeur d’un apprentissage, fournissent les sujets de deux vidéos. Dans La Marionnette (1999), l’artiste joue du violoncelle, rattachée à des fils ; son jeu est continuellement interrompu par ses gesticulations de poupée manipulée, et les sons issus de cette manipulation extravagante créent, tout au long de ces images en saccades, une nouvelle «composition». Dans Das wohltemperierte Klavier (2001), par contre, l’audition d’un passage de cette sublime composition est rendue visuellement discordante par les attelles posées aux doigts jouant sur le clavier...

La discordance entre son et image, la divergence entre le cadre temporel (souvent une activité rythmique ou répétitive) et l’ampleur du cadre spatial, sont autant de motifs récurrents dans la série de travaux prévus pour Venise. Dans une projection vidéo à grande échelle intitulée Les balayeurs du désert, un panorama désertique – Afrique de carte postale – est ponctué de personnages revêtus de l’uniforme vert caractéristique des balayeurs municipaux de Paris, tous occupés à faire glisser du sable en petit tas avec leur balai en plastique, sur un accompagnement acoustique discret composé des bruits réels du bitume et de l’asphalte lorsque les vrais balayeurs – en majorité des immigrés – font leurs rondes matinales dans les rues de Paris.

L’autre projection vidéo, d’échelle comparable, et intitulée L’écho, propose un paysage de montagne suisse, vue idyllique tout autant que divinement kitsch, jolie toile de fond alpine (d’aucuns y verront un rappel de Heidi et The Sound of Music !) dans laquelle joue un minuscule violoncelliste. La mélodie est un monologue très simple et lent auquel répond l’écho alpin, une phrase musicale qui résonnera dans tout le pavillon, accompagnée, pour ainsi dire, par la «basse» rythmique des balais...

Ce sous-entendu, ce susurrement subalterne d’êtres en marge du paradis champêtre (et marchand), prendra-t-il du volume, s’amplifiera-t-il, deviendra-t-il turbulence, c’est une question que les spectateurs les plus allégoriques auront peut-être envie de poser. De toute façon, l’artiste aime à penser que la résonance confondue de l’écho s’étendra – par la force de l’imaginaire – au-delà du pavillon, au-delà de l’enclave nationale qu’elle exprime, au-delà de Venise même, au-delà des frontières... Si Su-Mei Tse compare, d’une égale façon, le bruit du labeur des balayeurs à un métronome et à la respiration, en revanche, dans une autre partie du pavillon, espace vide, une série de sabliers mesurant des temps divers en fonction de multiples pulsations ou rythmes de respiration proposeront un autre type d’indice temporel. Cet emblème archaïque mais toujours captivant du temps qui passe trouvera son complément dans l’antichambre silencieuse de l’installation que l’artiste espère pouvoir réaliser, un espace feutré équipé d’écouteurs sur lesquels les spectateurs/auditeurs pourront se brancher pour écouter le son... de l’absence de son. Mais, sur le seuil, avant de négocier le passage, le visiteur sera confronté à une inscription en lettres de néon : [E:r] conditionné, terme que Su-Mei Tse comprend non pas comme un titre mais comme une connexion, une allusion phonétique (en français) à «air», bien sûr, mais aussi à ère et à aire, surface, sol, zone d’atterrissage, site de lancement, l’aire de vent...

Deepak Ananth, Paris

Ancien élève de l’Institut Courtauld de Londres, Deepak Ananth est à présent professeur d’Histoire de l’Art à l’École des Beaux-Arts de Caen. Il est auteur de nombreux textes sur l’art moderne et contemporain. En tant que commissaire indépendant, il prépare actuellement, entre autres, une exposition de dessins de Roland Barthes au Japon (décembre 2003), une exposition des peintures de Rabindranath Tagore à Paris et New York (2004-2005), et une exposition consacrée à la jeune génération d’artistes indiens (Paris 2005).


SU-MEI TSE

L’artiste est née en 1973 à Luxembourg. Elle vit et travaille entre Luxembourg et Paris.

Études
2000 Diplôme National Supérieur d’Arts Plastiques avec les félicitations du Jury, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris
1996 Diplôme de BTS textile et impression, École Nationale Supérieure des Arts Appliqués, Paris
1993-1999 Conservatoire de Musique, Paris VI
1991 1er Prix de violoncelle, 1er Prix en musique de chambre, Conservatoire de Musique de la Ville de Luxembourg

Prix
2001 Prix d’Art Robert Schuman, prix interrégional SaarLorLux

Expositions collectives
2003 - Mursollaici, Centre Culturel Suisse, Paris
2002 - La Nuit Art Vidéo, Maillon-Wacken, Strasbourg
- Animaux, soirée vidéo-art, Hampont
2001 - to be in tune…, Rob Kremer, Su-Mei Tse, Galerie Dominique Lang, Dudelange
- Le bonheur 2001, programme vidéo, Belleville, Paris
2000 Diplomas, Sincères Félicitations, Palais des Beaux-Arts, Paris
1999 - Re, Boris Achour, Olivier Blanckart, Uri Tzaig, Su-Mei Tse, Public, Paris
- Re, the sound of growing, Jean-Lou Majerus, Su-Mei Tse, Mompach, Luxembourg
1998 - Printemps, octobre 98, Centre Commercial Italie 2, Paris
- Prix BIL Jeune Artiste, Galerie BIL – l’Indépendance, Luxembourg
- Dégustation Macro-Visuelle, Mompach, Luxembourg

Expositions personnelles
2002 Rien à voir, projection vidéo, Instants Chavirés, Montreuil
2001 [E:r] conditionné, Galerie Premier Regard, Paris


CA’ DEL DUCA - PAVILLON DU LUXEMBOURG

Sous le haut patronage du Ministère de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Luxembourg

Commissaires
Marie-Claude Beaud, Directrice du Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean
Björn Dahlström, Curateur au Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean

Organisé par
Fondation Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (MUDAM), Luxembourg

Vernissage
13 juin à partir de 19h00

Journées professionelles
12, 13, 14 juin de 10h00 à 18h00

Exposition
Du 15 juin au 2 novembre de 10h00 à 18h00
Fermeture le lundi (à l’exception du 16 juin)

Ca’ del Duca
Corte del Duca Sforza
San Marco 3052
Venezia
T. + F. +39 41 520 75 34
Vaporetto San Samuele (ligne 82) ou Accademia (lignes 1 & 82)

Catalogue
Textes : Deepak Ananth, Marie-Claude Beaud
Photographies : Catherine Alves, Jean-Lou Majerus, Su-Mei Tse
Création graphique : Marianne Grisse


CONTACTS

Commissaires
Marie-Claude Beaud
Fondation MUDAM
Tél + 352 45 37 85-1
Fax + 352 45 37 85-30


Björn Dahlström
Fondation MUDAM
Tél + 352 45 37 85-23
Fax + 352 45 37 85-30


Logistique
Alessandro Pavone
Via Ponte S. Giovanni 68
Folgaria TN
Italia
Tél + 39 04 64 72 02 53
GSM + 39 34 72 96 39 61


Communication
Valérie Conrot
Fondation MUDAM
Tél + 352 45 37 85-22
Fax + 352 45 37 85-33


Presse
Valerio D’Alimonte
Fondation MUDAM
Tél + 352 45 37 85-33
GSM + 352 091 43 28 96
Fax + 352 45 37 85-30



Lion d’or

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