JEAN-MARIE BIWER
C’est comment de l’art ?

«L’atelier» de Jean-Marie Biwer se déploie dans l’espace comme une boîte à outils. On retrouve dans ce tableau tout ce dont le peintre a besoin pour créer. Son univers y est rangé dans un désordre précis, dans ce qu’il faudrait appeler un arrangement. N’est-ce pas de cela qu’il s’agit en peinture, d’un arrangement, un arrangement constant du peintre avec l’outil, la matière, la couleur, la ligne ? C’est ce que semble montrer le travail de Jean-Marie Biwer, dans sa manière bien à lui, modeste mais insistante, simple et pertinente : cet arrangement de la peinture, qui va de la main (de l’outil) à l’image. Processus à la fois artisanal et conceptuel dont le peintre ne cache en rien les traces. Rien en effet de ce qui est construit n’est tout à fait droit : les tracés dérivent, dévient, doutent, les lignes bricolent, l’espace s’étire, se gonfle ; la surface picturale entière semble animée d’une sorte de respiration. Le regard qui parcourt «l’atelier» de Jean-Marie Biwer entre dans ce rythme, progressivement : sans cesse ricoché, bondissant d’un objet, d’une couleur à une autre, toujours balancé entre une vue globale de l’image et une vision rapprochée des éléments figuratifs.
Pour Jean-Marie Biwer le monde visible semble suffisamment abstrait et mystérieux pour ne pas s’en éloigner lorsqu’il fait une œuvre d’art. Au contraire, l’enjeu de sa peinture est de s’en rapprocher, non pas tellement sur le plan de l’illusion, pour faire une représentation naturaliste, photographique, mais beaucoup plus sur le plan de l’affect, pour créer une vision proche des choses, une vision qui n’en décolle que pour mieux percer leurs mystères.

Le livre qui accompagne ce tableau, issu d’une collaboration entre Jean-Marie Biwer, Mudam et a I part, prolonge cette vision rapprochée, ce zoom dans le tableau, en le détaillant davantage, tout en faisant retour sur la peinture. Les extraits reproduits sont des détails du tableau, annotés sur chaque page par le peintre. A l’instar des bulles de bande dessinée, les interrogations manuscrites pointent les extraits du tableau et donnent la parole à la peinture. Un peu comme si l’artiste nous montrait que ces questionnements sont pris dans la peinture, avant même l’image, dans sa pensée, son outillage, sa matière, bref, sa résistance.

Claude Moyen, juillet 2005.

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