CHAD McCAIL
Enquête Carole Boulbès
Décembre 2001
Traduction Jacques Bosser


L’œuvre est-elle un agent de communication entre l’artiste et le spectateur ? L’artiste a-t-il le devoir de communiquer ?

Oui, elle communique. Et oui, je pense que les artistes ont le devoir de communiquer.

L’artiste est-il en retard ou en avance sur son époque ?

L’artiste est de son temps comme tout un chacun.

Qu’est-ce qu’un tableau / photo / installation… ?

Pour moi, une œuvre d’art est le vecteur d’une idée. Si c’est réussi, elle modifie le jugement et les valeurs du spectateur et le revitalise.

Le tableau / la photo / l’écran est-il fait pour être accroché dans une pièce, dans une salle ?


Alien Genital peut être accroché là où il peut être regardé comme une séquence.

Existe-t-il une bonne ou une mauvaise peinture / photo ?

Peut-être peut-on parler d’une œuvre non réussie quand elle n’est pas à la hauteur des espoirs que l’artiste avait placés en elle. Peut-être l’artiste s’adressait-il, à travers cette œuvre, à un public particulier; cette œuvre doit alors être jugée selon son impact sur l’audience concernée.

Comment choisissez-vous vos titres? Établissez-vous un rapport entre l’œuvre et le titre?

Les titres font partie de l’œuvre. D’habitude, les miens me viennent à l’esprit lors de la réalisation de l’œuvre ou bien lorsque je suis obligé de lui donner un nom. J’avais en tête Alien Genital longtemps avant de réaliser l’œuvre. Je suppose que je voulais déjà dessiner des «sexes étrangers».

Une œuvre se résume-t-elle à une suite de périodes ?

Probablement — mais ce n’est pas à moi de le faire.

Êtes-vous d’avant-garde, d’arrière-garde, moderne, classique ?

Désolé, je ne sais pas. Je ne réfléchis pas en ces termes. En fait, je ne trouve pas l’idée d’art et d’artistes particulièrement intéressante. Les gens répondent à des situations et à des conditions en créant des objets en tant que formes de communication abouties et réfléchies aux fins de les présenter aux autres. À la différence du dialogue, ce sont des formes à la fois réitérées et achevées. Elles doivent pouvoir exister sans la présence de celui qui les a créées. De nos jours, il est convenu de présenter de tels objets dans des galeries et des musées et le marché régit cette convention. Le lien avec le lieu de création est rompu. Un jour, j’ai vu une photo de galerie d’art dans un livre. Cette photo datait des années 1960, et la galerie était un bloc de béton situé au milieu d’un groupe d’immeubles de logements. Ses murs extérieurs étaient peints avec des symboles psychédéliques. Cela ressemblait à une sorte d’endroit magique. J’ai rêvé de ça — d’un artiste qui aurait un lien réel avec la communauté qui l’entoure, bâtissant son œuvre au sein même de cette communauté qui, en fin de compte, nourrit et contribue tellement à la création de l’œuvre.

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